Stella Granger : Journal pour une vie nouvelle

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Stella Granger : Journal pour une vie nouvelle

Message  Nola O'Driscoll le Mar 18 Juin - 11:28

J’entame ce journal comme symbole de ma nouvelle vie. De ma liberté. Pour garder une trace de ce que mes envies et mes folies vont provoquer. Parce qu’aujourd’hui enfin je peux vivre selon ma propre loi.
Je suis une quarteronne. Un quart de sang noir. C’est comme ça qu’on nous appelle à la Nouvelle Orléans. Encore de nos jours. Survivance d’un passé pas si lointain. Et j’en suis fière. Ce quart de moi a été ma chance.
Je suis née il y a 35 ans à la Nouvelle Orléans. De père inconnu. Un junkie ou un dealer je ne saurais jamais. Nana savait seulement qu’il était blanc et qu’il avait pourvu aux besoins de ma mère pendant un temps. Jusqu’à ce qu’il découvre ma présence dans son ventre et qu’il décide d’aller voir ailleurs.
Ma mère… Hope Granger. Mes grands parents l’avaient appelée comme ça parce qu’elle était leur espoir. On a rarement porté aussi mal un prénom. Métisse, belle et trop gâtée par ses parents, elle a choisi la pire des façons pour oublier qu’elle avait été élevée dans un mobile home des quartiers pauvres. Elle a choisi la fuite par la drogue. Le seul moment de sa vie d’adulte où elle ne s’est pas injecté son poison dans les veines c’est quand j’habitais son corps. Elle a arrêté quand elle a su qu’elle était enceinte et est rentrée au mobile home où ses parents l’ont accueillie et pris un nouveau crédit pour qu’elle puisse aller se faire désintoxiquer dans un centre privé. Pour que le bébé, moi, aille bien. Et puis je suis née et elle a tenu six mois de plus avant de voler les économies de ses parents et de s’enfuir pour recommencer la destruction de son corps par seringue interposée. Elle m’a laissée là. Dans le mobile home. Ca a tué mon grand-père qui a fait une crise cardiaque quelques semaines après son départ. Il avait vraiment cru qu’elle allait tenir le coup. Comme si c’était possible. Elle est revenue une fois ou deux pour quémander de l’argent et un jour elle a pris trop de poison. J’avais 5 ans. Je ne me souviens pas d’elle. Je n’ai que quelques photos.
Je suis restée avec Nana. Elle a travaillé dur à faire la cuisine pour les familles riches de la ville pour que je ne manque de rien. Mais elle ne m’a pas gâtée. Elle ne voulait pas refaire les mêmes erreurs qu’avec sa fille. Elle m’a éduqué avec une seule motivation : me faire comprendre que notre pauvreté n’était pas une fatalité et que je pouvais m’en sortir. Que je devais me battre et utiliser toutes les armes à ma disposition pour y arriver. Et j’ai compris très vite que ce n’était pas mon intelligence qui intéressait les gens et qui pourrait me faire arriver à mes fins. Non c’est ce quart de Nana, le caramel de ma peau, allié au bleu des yeux d’un père que je ne connaitrais jamais qui me rendait intéressante aux yeux des autres. Même dans une ville où les métisses sont nombreux, je me suis rendue compte de ce que mon apparence physique pouvait m’apporter. Et j’ai appris à me faire plus bête que je ne suis pour ne pas effrayer les gens, les mettre en confiance. Mais je sais observer et apprendre. Et je n’ai aucun problème à utiliser les autres pour obtenir ce que je veux. Je n’ai jamais volé ni tué personne. Non j’ai des principes ! Nana ne me pardonnerait jamais d’aller jusque là. Mais on peut obtenir tellement des gens avec un sourire et un regard pudiquement baissé.
Et un jour, après un concours de beauté minable que j’avais pris l’habitude d’écumer pour arrondir les fin de mois difficiles, la chance qui se présente. Une femme. Une cinquantaine d’année. Le tailleur impeccable qui sort de chez un grand couturier. Une chasseuse de tête pour une agence de mannequin. J’ai foncé. J’avais 16 ans et Nana m’a laissée faire, restant dans mon sillon pour me protéger des excès de ce milieu. Elle aurait pu s’en passer : les récits de la déchéance de ma mère qu’elle m’avait faits m’ont guérie à vie de vouloir expérimenter ces plaisirs illusoires. J’ai réussi. A coup de volonté et de prises de risques calculés. Et puis en vieillissant, je me suis aussi servie des armes que j’avais pour obtenir les contrats que je voulais. Pourquoi ne pas allier l’utile à l’agréable ? Nana n’en a jamais rien su, même si je suppose qu’elle a deviné bien des choses que je ne lui ai pas dites. Je n’ai honte de rien. J’ai fait ce qu’il fallait pour offrir à ma Grand-Mère une maison coquette dans les faubourgs de la Nouvelle Orléans et pour ne plus jamais avoir à retourner dans le mobile home. Je ne suis jamais devenue "top model", non. Pas de paparazzi ou de pages people pour moi. Mais une très bonne réputation dans le métier. J’ai défilé pour les plus grands. New-York, Paris, Milan… J’ai voyagé. Rencontré des gens. Et j’ai continué d’observer et d’apprendre. Et j’ai vu ces mannequins vieillissant quémander un contrat à leur agent les larmes aux yeux. Dépensant ce qu’elles avaient gagné avant pour donner l’illusion d’être encore à la page, pas encore "has-been". Et je me suis juré que je n’en arriverais jamais là.
Alors quand à 22 ans j’ai rencontré Matthew Patterson Junior j’ai décidé que j’allais l’épouser. Fils et petit fils de banquier. Tycoon de la finance qui devait un jour hériter de la société de placements familiale. Un des célibataires les plus en vue de New-York. Il avait 14 ans de plus que moi et m’a achetée comme il avait acheté la dernière Ferrari en date. Du moins il l’a cru. Je le lui ai laissé croire puisque ça ne me dérangeait pas et que ça me mettait à l’abri pour toujours. J’ai quitté le métier mais j’ai toujours continué de trainer dans les milieux de la mode. Avec Matt c’était fêtes et boulot. Ou boulot et fêtes. Ca dépendait de la tendance du marché. Et j’étais comme un trophée qu’il aimait exhiber à son bras. Pourquoi pas… Nana a quitté la petite maison pour une autre plus grande et moi j’ai décoré l’appartement de New-York, la maison des Hampton, le chalet d’Aspen… Et tout en étant l’épouse parfaite j’ai continué d’observer et d’apprendre. Et j’ai vu que mon riche mari commençait à regarder des trophées plus jeunes. A les dévorer du regard quand il croyait que je ne regardais pas. Au fond ça m’était égal. Mais par contre ça me donnait une chance de prendre enfin ma liberté. De ne plus dépendre d’une agence de mannequin ou d’un mari riche. Je l’ai fait suivre. Flagrant délit. Il m’a laissé la moitié de ses millions. Je lui ai donné 12 ans de ma vie pendant lesquelles j’ai été l’épouse parfaite, ça les vaut bien. Matthew Patterson Senior a fait une énorme colère et a faillit déshériter son fils. Je crois qu’il m’aimait bien au fond. Mais aujourd’hui je suis indésirable auprès de la famille et des amis de mon ex-mari. Et en fait ça ne me dérange pas du tout.
Nana a pu garder sa grande maison. Et moi je suis libre !!! Libre de faire et de vivre tout ce dont j’ai envie.
J’ai croisé Harley dans une soirée la semaine dernière. Ca faisait un moment que je ne l’avais pas vu. J’aime bien Harley. Même si j’ai parfois un peu peur qu’il soit trop tendre pour ce milieu. Il doit en avoir marre de m’entendre lui dire de se méfier et de préparer son avenir. J’ai parfois l’impression d’être une grande sœur inquiète avec lui. Moi ! Moi qui ne me suis jamais préoccupée de personne quand je faisais partie du business je m’inquiète pour ce gamin qui vient d’y entrer. Je ne l’avais pas vu depuis longtemps. Je lui ai raconté pour Matt, je lui ai dit que j’avais besoin d’un nouveau défi, que j’avais peur de m’ennuyer. Il m’a dit de sa voix douce :
"Tu veux un défi ma grande ? Pars à Détroit dans un quartier appelé D3, et essaie d’y amener du glamour. Ca c’est un défi !"

Je n’ai jamais su résister à un défi…
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Nola O'Driscoll

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